Crédit lombard et holding : emprunter sans vendre ses placements
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Le crédit lombard permet à une holding d'emprunter en nantissant son compte-titres ou son contrat de capitalisation. Le portefeuille reste investi, rien n'est vendu et aucune plus-value n'est réalisée. Vous pouvez faire la même chose à titre personnel avec votre assurance-vie, votre compte-titres ou votre PEA.
Ce guide s'adresse aux dirigeants qui détiennent plusieurs centaines de milliers d'euros de placements, en direct ou dans une holding. La plupart des guides traitent en une ligne la question qui compte le plus pour eux. À quel étage emprunter, le vôtre ou celui de votre holding ? Les deux crédits se ressemblent, mais leurs règles fiscales n'ont rien à voir.
Le crédit lombard est un prêt adossé au nantissement d'actifs financiers. Vous restez propriétaire de vos placements, mais la banque peut les faire vendre si vous ne remboursez pas. Trois paramètres font le crédit.
Le prix de cette souplesse, c'est l'appel de marge, que je détaille plus bas avec un exemple chiffré.
Le même mot recouvre deux opérations. Il faut les séparer avant de comparer des offres.
| À titre personnel | Par votre holding | |
| Actifs nantis | Assurance-vie, compte-titres, PEA | Compte-titres ou contrat de capitalisation de la holding |
| Ce que l'argent peut financer | Un projet personnel : achat immobilier, apport, impôt à payer | Un projet de la holding : participation, filiale, SCI |
| Intérêts | Non déductibles, sauf s'ils financent un investissement locatif imposé aux revenus fonciers | Charge financière de la holding, déductible de son résultat imposable à l'IS |
| Point de vigilance | Appel de marge, capital à rembourser au terme | L'argent ne peut ni aller au dirigeant ni garantir ses dettes |
| Où emprunter | Banques en ligne, banques privées | Banque de la holding ou banque privée |
À titre personnel, le crédit lombard sert à disposer d'une somme sans racheter son assurance-vie ni vendre ses titres. Une vente sur compte-titres déclenche l'impôt sur la plus-value, au PFU de 31,4 % en 2026. Le crédit, lui, n'est pas un revenu et n'est donc pas imposé.
Dans une holding, la logique change. Chaque euro emprunté par la holding doit servir un projet de la holding.

Une holding peut nantir son portefeuille pour investir, par exemple pour prendre une participation ou financer un apport en capital à sa SCI. Les intérêts sont alors une charge engagée dans l'intérêt de la société.
Elle ne peut pas, en revanche, financer votre résidence principale ou votre train de vie. Trois règles l'interdisent ou le rendent coûteux.
Un compte-titres ou un contrat de capitalisation logé dans une holding ajoute chaque année un vrai travail comptable. Il faut retraiter le portefeuille, calculer l'IS sur les plus-values et tester la provision pour dépréciation. Avant d'ouvrir ces supports en société, je vérifie donc que votre expert-comptable sait lire un relevé de portefeuille.
Emprunter sur ses placements est légal. L'abus de droit vise un montage, pas un produit. L'article L64 du livre des procédures fiscales vise les actes fictifs ou à but exclusivement fiscal. L'article L64 A vise ceux dont le motif principal est fiscal (article L64 A du livre des procédures fiscales).
Concrètement, l'administration regarde si le crédit finance un projet réel de la holding, ou s'il sert surtout à sortir de l'argent sans impôt. Une holding qui emprunte puis prête cet argent à son dirigeant cumule les deux problèmes : l'interdiction du code de commerce et la présomption de distribution.
Je juge une opération sur sa réalité économique, sa documentation et son calendrier. Je me méfie par principe des solutions présentées comme parfaites, et je ne fais ni offshore ni montage d'évasion fiscale.
Il n'existe pas de seuil légal. Chaque établissement fixe le sien.
Côté taux, deux repères datés. L'exemple publié par BoursoBank au 21/10/2026 prévoit 883,75 € d'intérêts par trimestre pour 101 000 € empruntés sur 12 mois, soit 3,5 % par an selon mon calcul. L'Euribor 3 mois, base des crédits à taux variable, s'établissait à 2,65 % le 20/10/2026 (euribor-rates.eu), auquel la banque ajoute sa marge.
Ce sont des données de marché à cette date. Chaque banque fixe ensuite ses conditions selon votre dossier.
Ce que BoursoBank n'accepte pas en garantie
Les positions au SRD, les titres non cotés et les titres détenus sur un PEA-PME ne sont pas éligibles. L'offre ne facture ni frais de dossier ni frais de nantissement (conditions au 21/10/2026).
Une banque privée qui prête contre la garde de vos avoirs peut vous demander de les placer en mandat de gestion et en fonds maison. Le coût du crédit inclut alors ces frais. Sur un capital après cession, j'ai vu une banque empiler quatre couches : contrat, mandat, fonds dédiés et supports chargés.
Prenons une hypothèse de 2 % de frais totaux par an sur un portefeuille de 600 000 €. Cela représente 12 000 € par an, plus que les 10 500 € d'intérêts d'un crédit de 300 000 € à 3,5 %. Résultat propre à une situation, non transposable.
Je ne conseille pas de couper la relation avec la banque privée. Je la garde pour le crédit, on lui laisse une partie des fonds, et je négocie les frais et l'allocation.
Hypothèses : une holding soumise à l'IS au taux normal de 25 % détient un compte-titres de 600 000 €, entièrement éligible au nantissement. Elle veut financer un apport en capital de 300 000 € à sa SCI, qui achète des bureaux.
Sa banque prêterait au plus 50 % de la valeur du portefeuille, au taux fixe de 3,5 %. Elle exigerait que les avoirs nantis restent au moins égaux à 180 % du capital emprunté. Ce sont des conditions comparables à celles que BoursoBank publie pour les particuliers, prises ici comme hypothèse.
| Emprunter 300 000 € | Emprunter 150 000 € | |
| Intérêts annuels à 3,5 % | 10 500 € | 5 250 € |
| Coût après déduction à l'IS (25 %) | 7 875 € | 3 937,50 € |
| Couverture minimale exigée (180 %) | 540 000 € | 270 000 € |
| Baisse du portefeuille supportée avant ce seuil | 10 % | 55 % |
Résultat propre à une situation, non transposable.
En empruntant le maximum, la holding n'a que 10 % de marge. Une correction ordinaire des marchés suffit à passer sous la couverture exigée. En empruntant la moitié, elle supporte une baisse de 55 %. Emprunter nettement sous le plafond est la première protection contre l'appel de marge. Le reste de l'apport se finance alors par la trésorerie de la holding ou par un crédit immobilier au niveau de la SCI.
La déduction des intérêts suppose que la holding ait un résultat imposable. Une holding qui ne perçoit que des dividendes de sa filiale au régime mère-fille, quasiment exonérés, dégage surtout un déficit. Ce déficit se reporte, et l'économie d'IS n'arrive que plus tard.
Reste le capital. Au terme, la holding doit rembourser d'un coup avec sa trésorerie ou par un nouveau crédit. Si elle doit vendre une partie du portefeuille, elle réalise alors la plus-value qu'elle avait différée.

Les risques se matérialisent quand les marchés baissent, c'est-à-dire au moment où vous êtes le moins bien placé pour réagir.
Un emprunt sous le plafond, une durée calée sur le projet et une source de remboursement identifiée changent complètement le profil du crédit.
Quand l'argent est sur une assurance-vie, l'assureur peut aussi vous prêter directement. C'est l'avance sur contrat.
| Crédit lombard | Avance sur assurance-vie | |
| Qui prête | Une banque | L'assureur |
| Plafond | Quotité fixée par la banque | Fixé par l'assureur, dans la limite de la valeur de rachat |
| Fiscalité à la mise en place | Aucune | Aucune, sauf requalification en rachat |
| Ce qui peut mal tourner | Appel de marge, taux, capital au terme | Intérêts qui courent, requalification |
L'avance est un prêt de l'assureur (BOI-RPPM-RCM-20-10-20-50, article L132-21 du code des assurances). L'administration peut la requalifier en rachat si, sous couvert d'avances, vous disposez en réalité définitivement de l'épargne. Pour un besoin ponctuel sur un seul contrat, l'avance de l'assureur est souvent plus simple à obtenir.
L'avance ne fait pas sortir l'épargne du contrat
Les sommes versées sur le contrat continuent de produire pendant l'avance, qui reste remboursable à tout moment. Si elle n'est pas remboursée au dénouement, l'assureur la déduit de ce qu'il verse aux bénéficiaires.
Votre épargne est sur une seule assurance-vie et votre besoin est ponctuel : regardez d'abord l'avance de votre assureur. Un crédit lombard en banque en ligne suppose au moins 202 000 € d'avoirs éligibles.
Vous détenez un portefeuille personnel de plusieurs centaines de milliers d'euros : le crédit lombard finance un projet personnel sans vendre ni racheter. Il convient surtout à un besoin dont la fin est connue, comme acheter avant d'avoir vendu ou payer un impôt en attendant une rentrée.
Votre holding porte une trésorerie placée : le crédit lombard a du sens pour un projet de la holding, documenté, avec un remboursement identifié. Mon repère pour qu'une holding vaille la peine reste une trésorerie stable de 250 000 € et plus, ou un budget de rémunération de 150 000 à 200 000 € par an. En dessous, les frais de structure mangent l'intérêt du montage.
Ce que coûte une holding chaque année
Une holding simple coûte de 2 000 à 3 000 € par an. Avec un compte-titres, un contrat de capitalisation et des filiales, comptez de 3 000 à 8 000 € selon la complexité.
Vous cherchez de l'argent pour vous : le crédit lombard de la holding n'est pas la réponse. La question porte alors sur la façon dont vous sortez l'argent de votre société, avec votre rémunération et vos dividendes.
Oui. Une holding peut nantir son compte-titres ou son contrat de capitalisation auprès de sa banque. Les offres des banques en ligne sont en général réservées aux particuliers.
Il n'y a pas de minimum légal. Les banques privées fixent leur seuil au cas par cas, souvent en fonction des avoirs que vous leur confiez.
Rarement dans un crédit lombard, qui repose sur des actifs cotés et liquides. Le nantissement des titres de sa société relève d'un autre financement, comme l'emprunt d'acquisition d'une holding de reprise.
Une dette n'est déductible de l'IFI que si elle se rapporte à des actifs immobiliers taxables, par exemple leur achat ou leurs travaux. Pour un prêt in fine affecté à l'achat d'un bien taxable, la déduction est limitée chaque année comme si le prêt était amorti (article 974 du CGI).
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