Diagnostic patrimonial du dirigeant : méthode, coût et arbitrage

Le diagnostic patrimonial vous permet de sécuriser le présent et de préparer l’avenir.

Un diagnostic patrimonial relie vos actifs, vos dettes, vos revenus, votre fiscalité, votre retraite et votre situation familiale. Il peut être utile si vous dirigez une entreprise ou exercez une profession libérale avec des enjeux personnels et professionnels imbriqués.

Il l’est moins si votre situation est simple, sans structure professionnelle ni décision patrimoniale à prendre. Il ne remplace pas non plus la recherche d’un produit financier immédiat.

Que contient un diagnostic patrimonial complet ?

Diagnostic patrimonial global et ses sept dimensions

Un diagnostic complet examine plusieurs dimensions qui se répondent. L’objectif est de relier chaque décision fiscale ou juridique à ses effets sur votre protection, votre retraite et la transmission de votre patrimoine.

1. Votre situation familiale et professionnelle

L’analyse porte notamment sur :

  • votre foyer et les personnes à charge ;
  • votre régime matrimonial, c’est-à-dire les règles qui déterminent la propriété des biens dans le couple ;
  • la protection de votre conjoint en cas d’accident ou de décès ;
  • votre statut professionnel : travailleur non salarié (TNS) ou assimilé-salarié ;
  • la forme juridique de votre entreprise et la détention de son capital.

2. Vos actifs, vos dettes et votre capacité d’emprunt

C’est le cœur du diagnostic d’actifs : recenser, valoriser et analyser ce que vous possédez face à ce que vous devez. L’objectif n’est pas un simple inventaire. Il s’agit de vérifier la concentration, la liquidité et la fiscalité de chaque actif :

  • Actifs liquides : livrets et comptes bancaires disponibles rapidement.
  • Actifs financiers : plan d’épargne en actions (PEA), assurance-vie et comptes-titres.
  • Actifs moins liquides : immobilier, parts de sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) et titres de sociétés non cotées.
  • Passifs : crédits immobiliers, prêts professionnels, garanties accordées et échéances à venir.

Il examine aussi la capacité d’emprunt du foyer. Les banques appliquent les normes prudentielles du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF). En 2026, le taux d’effort de référence est de 35 % et la durée d’un crédit immobilier est en principe limitée à 25 ans.

Il s’agit d’une norme bancaire, pas d’une règle fiscale. Des exceptions existent.

3. Vos revenus, votre budget et votre taux d’imposition

L’analyse des flux permet d’estimer votre capacité d’épargne réelle. Elle prend en compte :

  • vos salaires, dividendes ou bénéfices professionnels ;
  • vos revenus complémentaires, comme les loyers et les plus-values ;
  • vos dépenses régulières et votre train de vie ;
  • votre taux marginal d’imposition (TMI), c’est-à-dire le taux appliqué à la tranche la plus élevée de vos revenus imposables.

4. Votre fiscalité sur les revenus et le patrimoine

Le diagnostic examine les choix fiscaux en fonction de votre situation :

  • l’imposition des dividendes et des placements, entre prélèvement forfaitaire unique (PFU) et barème progressif ;
  • les déductions, réductions et crédits d’impôt qui peuvent s’appliquer ;
  • votre éventuel assujettissement à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI).

Le seuil d’assujettissement à l’IFI est de 1,3 million d’euros de patrimoine immobilier net taxable. Ce seuil est en vigueur en 2026. Depuis le 1er janvier 2026, le prélèvement forfaitaire unique (PFU) s’élève à 31,4 % : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. L’option pour le barème progressif reste possible, selon votre situation.

5. Votre protection sociale et votre retraite

Cette analyse porte sur les droits déjà acquis et les revenus à protéger :

  • relevé de carrière et droits auprès des régimes obligatoires ;
  • écart entre vos revenus professionnels et votre pension future ;
  • garanties de prévoyance, notamment en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de décès ;
  • intérêt éventuel d’un plan d’épargne retraite (PER), dont la fiscalité dépend de votre situation et de votre choix à la sortie.

6. La succession et la transmission

Le diagnostic peut notamment examiner :

  • les abattements applicables aux donations et successions, dont l’abattement de 100 000 € en ligne directe, à vérifier en 2026 ;
  • le régime fiscal de l’assurance-vie en cas de décès, dont l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour certaines primes versées avant 70 ans, à vérifier selon les règles applicables en 2026 ;
  • la rédaction des clauses bénéficiaires ;
  • le démembrement de propriété, qui sépare notamment le droit d’utiliser un bien de celui d’en détenir la propriété.

7. Vos objectifs et votre rapport au risque

Enfin, l’analyse tient compte de vos projets, de vos contraintes et de vos échéances :

  • projets à court, moyen et long terme ;
  • horizon de placement de chaque épargne ;
  • besoin de liquidités accessibles ;
  • tolérance aux fluctuations et capacité à supporter une perte temporaire.

Les questions auxquelles le diagnostic doit répondre

VoletPérimètre examinéQuestion clé
Famille et statutRégime matrimonial, société, foyerQui est protégé par vos contrats actuels ?
Actifs et dettes (diagnostic d’actifs)Liquidités, immobilier, placements, empruntsVos actifs sont-ils bien répartis, liquides et rentables ?
Revenus et budgetSalaires, dividendes, loyers, dépensesCombien pouvez-vous réellement épargner ?
FiscalitéImpôt sur le revenu et IFIQuels choix fiscaux faut-il vérifier ?
Retraite et prévoyanceDroits acquis et garantiesQuels revenus vous manqueront à la retraite ?
TransmissionDonations, assurance-vie, clausesQuelles conséquences pour vos héritiers ?
Objectifs et risqueProjets, liquidité, horizon de placementVotre organisation correspond-elle à vos échéances ?

Pourquoi le diagnostic est particulier pour un dirigeant

Pour un dirigeant ou un professionnel libéral, les finances de l’entreprise et celles du foyer se répondent. Un choix de rémunération peut modifier à la fois la trésorerie de la société, les cotisations sociales, les droits à la retraite et les revenus disponibles pour la famille.

Rémunération, retraite et protection sociale

Comparer un salaire et des dividendes uniquement selon leur coût immédiat ne suffit pas. Les dividendes peuvent réduire les cotisations sociales à court terme, mais ne créent pas les mêmes droits à la retraite ou à la prévoyance qu’une rémunération.

Le statut compte aussi : un président de SAS est assimilé-salarié. Le gérant majoritaire de SARL ou de SELARL relève généralement du régime des travailleurs non salariés, sous réserve de sa situation exacte.

Axe d’analyseDirigeant assimilé-salarié, par exemple en SASTNS, notamment gérant majoritaire de SARL ou SELARL
Cotisations socialesCotisations sur la rémunération, généralement plus élevéesRégime de cotisations distinct, généralement moins élevé
Droits sociauxDroits liés au régime général, selon la rémunérationDroits déterminés par le régime TNS et les cotisations versées
DividendesSoumis aux prélèvements sociaux applicablesPeuvent être soumis aux cotisations sociales selon la situation et le capital détenu
Question à traiterQuel équilibre entre rémunération, dividendes et protection ?Comment compléter les droits sociaux et la retraite ?

Les effets précis dépendent de la structure et de votre situation. Une économie de cotisations n’a d’intérêt que si ses conséquences sur la protection et la retraite sont intégrées à la décision. Si une partie de cette économie doit être épargnée, il faut définir une stratégie réaliste et la suivre.

Trésorerie d’entreprise : distinguer les besoins

Le solde bancaire de la société n’est pas automatiquement disponible pour être investi ou distribué. Il faut d’abord identifier les sommes nécessaires à l’activité :

  • Fonctionnement courant : charges, salaires, fournisseurs et décalages de facturation.
  • Réserve de sécurité : marge pour absorber une baisse d’activité ou un retard de paiement.
  • Échéances prévisibles : impôts, TVA, cotisations et dépenses programmées.
  • Projets : acquisition, embauche ou investissement matériel.
  • Excédent durable : montant restant après couverture des besoins précédents.

Seul cet excédent peut être étudié pour un placement à moyen ou long terme. Une holding (société détenant des participations) ou un compte courant d’associé (avance consentie par un associé à sa société) ne sont pas des solutions automatiques : leur intérêt dépend de la situation, des objectifs et des flux.

Régime matrimonial, immobilier et transmission

La détention des titres et des biens dépend aussi de votre situation familiale. Le diagnostic vérifie notamment les droits du conjoint en cas de séparation ou de décès.

Il peut aussi examiner l’application de l’IFI aux biens immobiliers détenus, ainsi que les conditions d’une éventuelle exonération des biens professionnels. Ces conditions doivent être vérifiées selon votre activité et votre rôle dans l’entreprise.

Une holding, un apport-cession (article 150-0 B ter du CGI) ou le pacte Dutreil peuvent être étudiés. Ce ne sont pas des solutions automatiques.

Le pacte Dutreil permet toujours une exonération de 75 % des droits, sous conditions. Depuis le 21 février 2026, l’engagement individuel de conservation est porté à 6 ans.

Leur intérêt et leurs conditions doivent être validés au regard de votre projet, avec vos conseils habituels.

Médecins, avocats et indépendants : tenir compte du régime concerné

Les régimes obligatoires varient selon la profession. Un médecin peut relever de la CARMF, un avocat de la CNBF et certains indépendants de la CIPAV. Il faut examiner les droits réellement acquis, les garanties disponibles et les éventuelles carences de prévoyance.

Un médecin en SELARL de 55 ans pourra, par exemple, commencer par vérifier son relevé de carrière et sa couverture auprès de la CARMF. Un freelance en croissance devra plutôt étudier le lissage de revenus irréguliers et les effets de son statut sur sa protection.

Selon le profil, un PER avec versements déductibles peut être une piste, à valider avec l’expert-comptable et au regard de la fiscalité à la sortie. Ces vérifications relient directement la fiscalité aux revenus futurs et à la protection de la famille.

La méthode, les documents et le bon moment

Les cinq étapes d’un diagnostic

Les cinq étapes du diagnostic patrimonial
  1. Cadrer vos objectifs. Définir vos priorités, votre besoin de liquidités et vos échéances.
  2. Cartographier l’existant. Recenser les actifs, les dettes, les revenus et les engagements professionnels et personnels.
  3. Repérer les risques et les choix à traiter. Examiner notamment la concentration des actifs, la retraite et la prévoyance.
  4. Comparer les pistes possibles. Présenter les arbitrages, leurs effets et leur calendrier.
  5. Organiser la mise en œuvre. Coordonner les démarches avec votre expert-comptable, votre notaire ou votre avocat, puis suivre les décisions prises.

La démarche comprend généralement deux à trois rendez-vous de travail. Le délai de restitution dépend de la complexité du dossier et doit être confirmé au démarrage.

Les documents à réunir

  • Avis d’imposition : revenus, tranches d’imposition et crédits d’impôt.
  • Statuts et derniers bilans de la société : structure, trésorerie et rémunération.
  • Relevé de carrière : droits acquis et périodes à vérifier.
  • Contrats d’assurance-vie, de PER et de prévoyance : supports, frais, garanties et clauses bénéficiaires.
  • Tableaux d’amortissement des emprunts : échéances et charge de la dette.
  • Contrat de mariage, convention de PACS ou jugement de divorce : règles de détention des biens et protection du conjoint.
  • Relevés de PEA, comptes-titres et épargne bancaire : composition et disponibilité des placements.

Quand faire ou actualiser un diagnostic ?

Un changement important peut justifier une analyse ou une mise à jour :

  • mariage, PACS, naissance ou séparation ;
  • création ou cession d’une entreprise ;
  • changement de statut ou de rémunération ;
  • hausse des revenus, héritage ou projet immobilier ;
  • préparation de la retraite ou de la transmission.

Un diagnostic ne reste pas valable indéfiniment. Une revue régulière permet de vérifier que les décisions prises correspondent toujours à vos objectifs et à votre situation.

Coût et choix du conseiller

Combien coûte un diagnostic patrimonial ?

Le coût dépend du temps d’analyse, du nombre de structures concernées et de la complexité du dossier.

Le devis tient compte notamment de la rémunération, des actifs immobiliers et des projets de cession ou de transmission. La valeur d’un diagnostic dépend des arbitrages qui peuvent réellement être mis en œuvre. Aucune économie ne peut être promise sans analyse de votre situation et de ses hypothèses.

Comment comprendre un bilan gratuit ?

Certains intermédiaires proposent un bilan gratuit, puis sont rémunérés par des commissions ou rétrocessions sur les produits distribués. Ce modèle peut créer un conflit d’intérêts : le conseiller est aussi rémunéré lorsqu’un produit est souscrit.

Modèle rémunéré par la distributionConseil rémunéré par honoraires
Rémunération liée à la vente de produitsRémunération définie avec le client
Analyse parfois centrée sur les capitaux à placerAnalyse pouvant couvrir les sujets personnels et professionnels
Coût susceptible d’être intégré aux frais des produitsCoût annoncé dans une lettre de mission

Un simulateur en ligne peut donner un premier repère, mais ne remplace pas l’analyse croisée de votre fiscalité, de votre protection sociale et de votre situation familiale.

Le modèle de Noun Partners

Noun Partners n’appartient à aucun groupe bancaire ni à aucune compagnie d’assurance. Le cabinet est rémunéré par vos honoraires et, sur certaines solutions mises en place pour vous, par des commissions versées par les établissements partenaires. Le montant en est indiqué avant toute souscription. Le cabinet vise une valeur mesurable, avec un objectif d’au moins trois fois le montant des honoraires en économies ou gains identifiés, lorsque la situation le permet. Cet objectif n’est pas une garantie contractuelle de résultat.

Cinq points à vérifier avant de choisir

  1. Le statut réglementaire : vérifiez les immatriculations et statuts pertinents, notamment auprès de l’ORIAS si la mission l’exige.
  2. La rémunération : demandez si le cabinet perçoit des commissions ou rétrocessions.
  3. L’indépendance : comprenez les liens éventuels avec des banques, assureurs ou distributeurs.
  4. L’expérience des dirigeants et professions libérales : vérifiez la connaissance des statuts, des sociétés et des régimes sociaux.
  5. La coordination avec vos conseils : assurez-vous que le conseiller peut travailler avec votre expert-comptable, votre avocat ou votre notaire.

Pour en savoir plus, consultez notre guide sur conseiller en gestion de patrimoine.

Que faire selon votre profil

  • Vous démarrez ou développez votre activité : commencez par vérifier votre statut, votre rémunération et votre prévoyance. La trésorerie de l’entreprise et la protection du foyer passent avant les montages complexes.
  • Votre société dispose d’une trésorerie durablement excédentaire : faites d’abord distinguer les besoins opérationnels des sommes réellement disponibles. Étudiez ensuite les options avec leurs effets sur la fiscalité, la retraite et la transmission.
  • Vous approchez de la retraite ou préparez une cession : contrôlez votre relevé de carrière, vos garanties et les conséquences de la transmission. Un PER ou une structure de détention ne se justifie qu’après comparaison des scénarios.
  • Votre patrimoine est simple et votre activité récente : un diagnostic complet peut être prématuré. Un point ciblé avec vos conseils habituels peut suffire.

Je recommande de commencer par la décision qui a le plus d’effet sur vos revenus, votre protection ou votre transmission. Un premier échange d’orientation est offert et sans engagement.

Diagnostic, bilan, audit ou étude patrimoniale : quelles différences ?

Ces termes sont parfois employés de façon interchangeable. Pourtant, ils désignent des missions différentes :

  • Le diagnostic patrimonial analyse votre situation personnelle et professionnelle dans son ensemble. Il fait ressortir les risques, les déséquilibres et les priorités.
  • L’audit patrimonial examine un sujet ciblé, comme une déclaration fiscale, un contrat de prévoyance ou des statuts.
  • L’étude patrimoniale compare plusieurs scénarios chiffrés pour éclairer une décision précise : création d’une holding, apport-cession ou changement de régime matrimonial, par exemple.

Foire aux questions

Le diagnostic patrimonial est-il obligatoire ?

Non, c’est une démarche volontaire. Elle peut aider à relier vos choix professionnels à vos objectifs personnels et familiaux.

Combien de temps faut-il pour réaliser un diagnostic ?

La durée dépend des pièces disponibles et de la complexité de votre situation. La phase d’analyse et de restitution peut prendre plusieurs semaines.

Quelle différence avec le rôle de l’expert-comptable ?

L’expert-comptable suit notamment la comptabilité et les obligations fiscales de l’entreprise. Le diagnostic patrimonial élargit l’analyse aux conséquences sur votre patrimoine personnel, votre retraite, votre protection et votre famille.

Les honoraires de conseil sont-ils déductibles ?

Cela dépend de l’objet de la mission et de la situation de l’entreprise. La déductibilité doit être validée avec votre expert-comptable.

Quels documents faut-il préparer ?

Réunissez en priorité vos avis d’imposition, documents de société, relevés de carrière, contrats de prévoyance et tableaux d’emprunt. La liste précise dépendra des questions à traiter.

À quelle fréquence faut-il actualiser le diagnostic ?

Il faut le réexaminer lorsqu’un événement important modifie votre situation : mariage, naissance, cession, changement de statut ou évolution des revenus. Un suivi périodique permet aussi de vérifier que les décisions restent adaptées.

Le diagnostic d’actifs, c’est la même chose que le diagnostic patrimonial ?

Non. Le diagnostic d’actifs analyse vos actifs et leur répartition (liquidités, placements financiers, immobilier). Le diagnostic patrimonial est plus large. Il relie ces actifs à votre fiscalité, votre retraite, votre protection et votre transmission. Un diagnostic d’actifs peut suffire si votre situation est simple. Il reste insuffisant si vous dirigez une société, avec des enjeux de rémunération, de retraite et de transmission.

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