BNC ou SELARL : quand faire le passage en SELARL ?
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Je fais passer un praticien en SELARL seulement quand trois signaux se cumulent : une société a un coût fixe, en comptabilité et en juridique, que je chiffre toujours avant de conseiller le passage.
Le revenu que vous ne consommez pas reste la condition de départ : sans lui, la société n'aurait rien à garder. Il ne suffit pas à déclencher la décision.
Premier signal : votre revenu vous place dans la tranche à 41 % de l'impôt sur le revenu, et pas seulement une bonne année. Dans le barème de l'impôt sur le revenu fixé par la loi de finances pour 2026, cette tranche commence à 84 577 € de revenu imposable par part (art. 197 du CGI).
Le seuil se lit par part de quotient familial : à revenu égal, un couple avec des enfants l'atteint plus tard qu'une personne seule. C'est à ce niveau que l'écart avec l'impôt sur les sociétés, 15 % puis 25 %, donne un sens à la société.
Deuxième signal : un projet qui demande du capital. L'achat des murs de votre cabinet, l'arrivée d'un associé, le rachat d'une patientèle, ou une retraite à financer.
Sans projet, le bénéfice laissé dans la société n'a pas d'usage, et le sortir plus tard peut coûter des cotisations (voir plus bas, « Une fois en SELARL »).
Troisième signal : ni déménagement ni arrêt d'activité prévu. Une société engage l'Ordre, la banque, votre caisse et la CPAM : elle se crée dans un cadre qui va durer.
J'attends. Le montant du bénéfice ne tranche jamais seul.
Est-ce le moment de passer en SELARL ?
Cinq questions, avant toute simulation. Le résultat vous situe par rapport aux trois signaux que je retiens pour conseiller le passage. Il ne calcule ni impôt, ni cotisation, ni économie.
Résultat indicatif, fondé sur la règle des trois signaux et sur les réponses que vous donnez. Il ne calcule ni votre impôt, ni vos cotisations, ni ce que vous garderiez, et ne tient pas compte de votre situation personnelle : il ne vaut pas conseil.
Prendre rendez-vous (30 min)En nom propre, vous déclarez des bénéfices non commerciaux (BNC) : tout votre bénéfice est imposé à l'impôt sur le revenu l'année où il est réalisé. La SELARL, société d'exercice libéral à responsabilité limitée, est une SARL réservée aux professions libérales réglementées (ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, art. 40).
Entre les deux, une troisième voie : rester en nom propre et opter pour l'impôt sur les sociétés (art. 1655 sexies du CGI). Le tableau compare les trois, critère par critère.
| En nom propre (BNC) | En nom propre, avec l'option pour l'IS | SELARL soumise à l'IS | |
| Impôt sur le bénéfice | impôt sur le revenu, sur tout le bénéfice de l'année | impôt sur les sociétés : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, sous conditions, puis 25 % ; l'impôt sur le revenu porte sur ce que vous vous versez | même impôt sur les sociétés ; l'impôt sur le revenu porte sur votre rémunération et vos dividendes |
| Cotisations sociales | sur tout le bénéfice | sur votre rémunération, et sur ce que vous prélevez au-delà de 10 % du bénéfice ; le bénéfice laissé dans l'entreprise n'en supporte pas | sur votre rémunération, et sur vos dividendes au-delà de 10 % du capital, des primes d'émission et des comptes courants |
| Associés, SPFPL, cession de parts | impossibles | impossibles | possibles ; plus de la moitié du capital reste, en principe, aux professionnels qui exercent dans la société |
| Patrimoine personnel | séparé du patrimoine professionnel depuis le 15 mai 2022, avec des exceptions | séparé du patrimoine professionnel, avec des exceptions | responsabilité limitée aux apports pour les dettes de la société ; vos actes professionnels vous engagent sur tout votre patrimoine |
| Formalités | aucune société à créer | une option à exercer à temps ; un état de suivi chaque année si vous reportez la plus-value | statuts, capital, inscription à l'Ordre, immatriculation |
| Revenir en arrière | sans objet | renonciation possible jusqu'au cinquième exercice, ce qui se chiffre avant ; option définitive ensuite | céder vos parts ou dissoudre la société : une nouvelle opération |
Sources du tableau : CGI, art. 8, 219, 239 et 1655 sexies ; Code de la sécurité sociale, art. L. 136-3 ; Code de commerce, art. L. 526-22 ; ordonnance n° 2023-77, art. 43 ; service-public, fiche F38455.
Une précision compte pour qui passe seul. Une SELARL dont vous êtes l'associé unique, en personne physique, relève par défaut de l'impôt sur le revenu : son bénéfice est imposé à votre nom, en bénéfices non commerciaux, sauf option pour l'impôt sur les sociétés (art. 8, 4° du CGI ; BOI-BNC-SECT-70-40, § 50). Le détail est sur la page consacrée à la fiscalité de la SELARL.
Une optimisation fiscale qui ne regarde que le taux d'impôt oublie donc les autres lignes du tableau : les associés, le patrimoine, les formalités et la sortie.
Non. Depuis le 15 mai 2022, en nom propre, vos créanciers professionnels ne peuvent saisir que votre patrimoine professionnel (art. L. 526-22 du Code de commerce ; loi n° 2022-172 du 14 février 2022, art. 19). La SELARL n'ajoute rien sur ce point, et je ne retiens plus cet argument : elle se justifie par la fiscalité et l'organisation, jamais par la protection.
La séparation a plusieurs exceptions, dont celles-ci :
En nom propre, votre banque vous demandera de renoncer à la séparation pour votre prêt d'installation. En SELARL, elle vous demandera une caution personnelle dans presque tous les cas. La protection tombe donc sur le principal risque.
En SELARL, vos actes professionnels engagent tout votre patrimoine : chaque associé en répond personnellement, et la société solidairement avec lui (ordonnance n° 2023-77, art. 43). Contre ce risque, votre protection est l'assurance de responsabilité civile professionnelle.
Que vérifiera votre banque avant de vous suivre ?
Le prêt en cours, les garanties qu'elle demandera, et ce qui change selon que vous restez en nom propre ou passez en SELARL : nous regardons votre dossier avant que vous vous engagiez. Prendre rendez-vous (30 min)
Oui : je propose cette option comme un sas. Vous restez en nom propre, sans capital ni assemblée, mais votre bénéfice paie l'impôt sur les sociétés, 15 % jusqu'à 42 500 € sous conditions, puis 25 % (art. 219 du CGI). Vous en tirez l'essentiel de l'effet de pare-feu d'une société.
L'option fait apparaître une plus-value sur votre patientèle : l'impôt correspondant peut être reporté jusqu'à ce que vous la vendiez. L'administration l'admettait déjà ; pour les options exercées depuis le 1er janvier 2026, ce report est inscrit dans la loi (art. 151 octies D du CGI ; BOI-BIC-PVMV-40-20-70, § 10 et 20).
Les règles de l'option, en bref :
Les limites de l'option sont nettes : pas d'associé, pas de cession de parts, pas de SPFPL, et passer ensuite en société sera une seconde opération. Je la réserve donc au praticien qui exerce seul, sans projet d'association.
Si un associé ou une holding figure dans vos projets, je vous oriente directement vers la SELARL, parce que faire deux opérations coûte plus cher qu'une.
Les deux voies existent, et elles ne coûtent pas la même chose au même moment. En vendant votre patientèle ou votre clientèle à la SELARL, vous encaissez un prix, et l'impôt sur la plus-value ne peut pas attendre. En apportant votre entreprise individuelle entière, patientèle comprise, l'impôt peut attendre, et vous recevez des parts.
| Vente à la SELARL | Apport à la SELARL | |
| Impôt sur la plus-value | l'année de la vente, sans report ; la plus-value à long terme est imposée à 12,8 %, plus les prélèvements sociaux | reporté, sur option prise dans l'acte d'apport, si vous apportez votre entreprise individuelle entière, patientèle comprise : jusqu'à la vente ou l'annulation de vos parts, ou jusqu'à la revente de la patientèle par la société ; un état de suivi chaque année |
| Ce que vous recevez | un prix, que la société doit financer | des parts de la SELARL, aucune somme d'argent |
| Droits d'enregistrement | payés par la SELARL sur le prix, au barème des cessions de fonds | aucun, si vous vous engagez à garder trois ans les parts reçues |
| Valorisation de la clientèle | un prix fixé à sa valeur | un commissaire aux apports l'évalue, sauf dispense décidée à l'unanimité, sous conditions |
Sources du tableau : CGI, art. 39 quindecies, 151 octies, 719, 809 et 810 ; service-public, fiche F38455.
Si vous vendez, n'attendez pas d'amortissement : la société ne peut pas déduire l'amortissement d'un fonds acquis auprès d'une entreprise, individuelle comprise, contrôlée par la même personne (art. 39, 1, 2° du CGI).
Le choix entre les deux se fait sur vos chiffres, et avec votre banque, surtout si un prêt d'installation court encore sur la patientèle.
Une fois associé d'une SEL à l'IS, votre rémunération se déclare en deux parts. Depuis l'imposition des revenus 2024, la rémunération technique, celle de vos actes, relève des bénéfices non commerciaux ; celle de votre mandat de gérant majoritaire relève de l'article 62 du CGI (BOI-RSA-GER-10-30, § 510 et 520). La réforme ne date donc pas de 2026.
Le Conseil d'État a annulé le 8 avril 2025 la règle pratique qui retenait 5 % de la rémunération au titre de la gérance (CE, 8 avril 2025, n° 492154) : pour vos revenus 2025, la part de gérance se fixe au réel. Selon la fiche F38455 de service-public, vérifiée le 21 février 2026, la déduction forfaitaire de 10 % pour frais ne vaut plus que sur cette part.
Pour votre passage, retenez ceci : toute simulation sépare votre mandat et vos actes. Les pièces qui justifient la part de gérance sont détaillées avec votre rémunération de SELARL en deux parts.
En SELARL à l'IS, tant que votre rémunération vous construit des droits, je la privilégie : elle se déduit du résultat de la société et finance votre retraite, vos indemnités journalières et votre prévoyance.
Le dividende, lui, sort du bénéfice après l'impôt sur les sociétés ; au-delà de 10 % de votre capital, de vos primes d'émission et de vos comptes courants, il entre dans l'assiette de vos cotisations sociales (art. L. 136-3, II, 2° du Code de la sécurité sociale, dans sa version en vigueur depuis le 28 février 2025).
L'argent que vous ne consommez pas se place en produits de trésorerie : comptes à terme, fonds monétaires, contrat de capitalisation. Jamais en immobilier locatif : une SEL a pour objet l'exercice de votre profession. Au-delà d'un matelas de sécurité, la question devient celle de la structure qui recevra cet argent : une SPFPL, si elle a quelque chose à financer.
La SPFPL n'est obligatoire que pour détenir vos parts de SELARL. Pour construire votre patrimoine privé, une holding classique à côté est souvent plus libre : votre stratégie patrimoniale se construit à côté de la SELARL.
Par la banque et par l'Ordre. Ce sont eux qui fixent le calendrier ; les formalités juridiques viennent ensuite.
Dans le dernier passage en SELARL que j'ai accompagné, ce qui a coincé, c'est la banque. Le praticien avait un prêt d'installation en cours à son nom. L'apport de sa patientèle à la SELARL supposait de transférer ce prêt à la société, ou de le rembourser avec un nouveau crédit souscrit par elle.
La banque a mis 11 semaines à accepter, en exigeant une caution personnelle et un nantissement des parts. Pendant ce temps, l'Ordre attendait les statuts définitifs pour l'inscription, et la CPAM le nouveau numéro. Le calendrier a glissé d'un trimestre, et le premier exercice n'a pas commencé le 1er janvier. Depuis, je commence tout passage par la banque et l'Ordre, avant le juridique.
Les étapes du passage en SELARL, en commençant par la banque et l'Ordre :
Les professions libérales réglementées peuvent exercer en SELARL (ordonnance n° 2023-77, art. 40) : professions de santé (médecins, chirurgiens-dentistes, infirmiers), professions juridiques (avocats, notaires) ou professions techniques et du cadre de vie (fiche F38455). Vous pouvez en être le seul associé : c'est la SELARL unipersonnelle.
Chaque profession ajoute les règles de son Ordre. La SELARL de chirurgien-dentiste, la SELARL d'infirmier et le choix entre SELARL et SELAS ont leurs particularités.

L'avis de Malek
Je conseille la SELARL quand vous êtes durablement à 41 % d'impôt, que vous avez un projet à financer et que votre activité est stable. Sans ces trois conditions, elle coûte plus qu'elle ne rapporte.
Depuis 2022, la loi protège déjà votre patrimoine personnel en nom propre. Ce n'est plus une raison de passer en société. Ce qui vous expose vraiment, c'est la caution que la banque vous demandera, avec ou sans SELARL.
Si vous exercez seul et ne voulez pas de société, l'option pour l'IS en nom propre existe depuis 2026 avec un report légal de la plus-value. Si vous pensez vous associer un jour ou créer une holding, allez directement en SELARL.
Dans un passage en SELARL, ce qui bloque n'est presque jamais la fiscalité : c'est la banque, l'Ordre et le calendrier. Je les traite en premier.
Malek Ziane, fondateur et gérant de Noun Partners
Si vous réunissez les trois signaux, le passage se prépare sur vos chiffres : le coût fixe de la société, le choix entre vente et apport, et ce que votre banque acceptera.
J'ai accompagné plus de 230 dirigeants, entrepreneurs, professionnels libéraux, médecins, avocats, directeurs commerciaux…
Ma rémunération se structure autour d'honoraires sur une phase d'audit. Si votre retour sur investissement est inférieur à 3 (économies de charges fiscales et sociales, prélèvements sociaux, frais de contrats mutuelle et prévoyance, droits de succession) je m'engage à rembourser le montant de mes honoraires.
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Quand trois signaux se cumulent : vous êtes durablement dans la tranche à 41 % d'impôt, un projet demande du capital (murs, associé, rachat de patientèle, retraite), et votre organisation est stable. S'il en manque un, j'attends : la société coûterait alors plus qu'elle ne rapporte.
Aucun chiffre d'affaires ne décide seul. Le repère utile est votre revenu imposable : la tranche à 41 % commence à 84 577 € par part dans le barème de la loi de finances pour 2026 (art. 197 du CGI). Encore faut-il y être durablement, avec un projet et une organisation stable.
Celui qui correspond à votre projet. En nom propre, tout votre bénéfice est imposé à l'impôt sur le revenu. Avec l'option pour l'IS, vous restez seul, sans société. En SELARL, vous pouvez vous associer et créer une SPFPL. Le choix se chiffre sur votre situation.
Oui, par une nouvelle opération : céder vos parts ou dissoudre la société, puis reprendre une activité en nom propre. L'option pour l'IS en nom propre, elle, s'abandonne jusqu'au cinquième exercice ; ensuite, elle est définitive (art. 239 du CGI). Dans les deux cas, le retour se chiffre avant.
Informations à jour au 25 septembre 2026. Elles ne constituent pas un conseil personnalisé : chaque situation se chiffre avant toute décision.
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