Expatriation et Exit tax 2026 : dirigeant et holding
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L'exit tax impose, le jour où vous quittez la France, les plus-values que vos titres ont prises sans que vous les ayez vendus. Elle vise les contribuables domiciliés en France au moins six des dix dernières années qui détiennent au moins 50 % d'une société ou plus de 800 000 € de titres. L'impôt est calculé au départ, mais un sursis en suspend le paiement. Pour les plus-values latentes, un dégrèvement peut ensuite l'effacer après deux ou cinq ans. Les plus-values en report et les compléments de prix, eux, ne s'effacent pas avec le temps.
L'exit tax ne rend pas l'expatriation d'un dirigeant trop coûteuse, si vous l'anticipez. Cette analyse s'adresse aux fondateurs, dirigeants et associés qui détiennent leur société en direct ou via une holding, parfois avec un apport-cession ou un complément de prix en cours. Les autres arbitrages d'un départ (retraite, transmission, choix du pays) sont dans mon analyse sur l'optimisation fiscale expatrié.
L'exit tax est prévue à l'article 167 bis du code général des impôts. Le transfert de votre domicile fiscal hors de France est traité comme une vente fictive de vos titres. L'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux sont calculés sur la plus-value que vous auriez réalisée ce jour-là.
Les plus-values latentes sont imposées si deux conditions sont réunies :
Les seuils s'apprécient au niveau du foyer fiscal. Vos titres, ceux de votre conjoint et de vos enfants à charge s'additionnent. La détention indirecte compte aussi. Si vous détenez 45 % d'une société en direct et 80 % d'une holding qui en détient 20 %, vous en détenez 61 % au sens de l'exit tax.
Les seuils ne jouent que pour les plus-values latentes. Deux éléments sont imposés au départ sans condition de montant : les plus-values en report d'imposition, comme celle d'un apport-cession, et les créances de complément de prix. Un associé à 30 % de sa société, sous les 800 000 €, peut donc être concerné par son seul earn-out.
| Situation au jour du départ (6 ans sur 10 en France) | Exit tax sur les plus-values latentes ? |
| 40 % d'une société valorisée 2,5 M€ (titres de 1 M€) | Oui, titres de plus de 800 000 € |
| 55 % d'une société valorisée 600 000 € | Oui, au moins 50 % des bénéfices |
| 20 % d'une société valorisée 2 M€ (titres de 400 000 €) | Non, sauf report ou complément de prix |
Le départ lui-même se juge sur des faits : où vit votre famille, où vous travaillez, où se trouvent vos intérêts économiques. Louer un appartement à l'étranger en gardant sa famille et son activité en France ne fait pas de vous un non-résident. Ce type de projet, je le refuse.

Sont visés les droits sociaux et valeurs mobilières que vous détenez au départ :
Un compte-titres personnel entre donc dans le calcul. Il peut suffire à franchir les 800 000 €, même si votre participation dans la société reste sous les 50 %.
Quatre familles d'actifs restent hors du champ :
La plus-value latente est la différence entre la valeur réelle des titres au jour du départ et leur prix d'acquisition. Pour des titres cotés, on retient le dernier cours connu ou la moyenne des trente derniers. Pour une société non cotée, il faut une valeur vénale que vous pourrez défendre en cas de contrôle. Je fais toujours valoriser les titres avant un départ.
Pour un départ en 2026, l'impôt se compose de :
Avec l'option pour le barème, les abattements pour durée de détention restent possibles sur l'impôt sur le revenu, pour des titres acquis avant 2018 seulement. Ils ne réduisent jamais les prélèvements sociaux.
D'après les textes, la plus-value latente entre aussi dans votre revenu fiscal de référence de l'année du départ. La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) s'y applique donc. Pour un couple, elle vaut 3 % entre 500 000 € et 1 M€ de revenu fiscal de référence, puis 4 % au-delà. La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) peut s'y ajouter.
Prenons un fondateur de 46 ans, marié, résident fiscal français depuis toujours. Il détient en direct 40 % d'une SAS valorisée 6 M€. Ses titres valent 2,4 M€, pour un prix de souscription de 20 000 €. Il n'a pas d'autre portefeuille et s'installe au Portugal en 2026.
| Élément | Calcul | Montant |
| Plus-value latente | 2 400 000 € − 20 000 € | 2 380 000 € |
| Impôt sur le revenu | 2 380 000 € × 12,8 % | 304 640 € |
| Prélèvements sociaux | 2 380 000 € × 18,6 % | 442 680 € |
| Total au PFU (31,4 %) | 747 320 € | |
| CEHR du couple, sans autre revenu | 3 % × 500 000 € + 4 % × 1 380 000 € | 70 200 € |
| Total calculé au départ, hors CDHR | 817 520 € |
Le Portugal est dans l'Union européenne : le sursis de paiement est automatique, sans garantie. Ses titres valent moins de 2,57 M€. S'il les conserve deux ans, l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux calculés sur sa plus-value latente sont dégrevés.
S'il vend en 2027, l'impôt devient exigible. Il est alors recalculé sur la plus-value réelle si elle est plus faible. L'impôt portugais payé sur la même vente s'impute sur l'impôt français.
Avec des titres valorisés 2,6 M€, le délai passerait à cinq ans. La valorisation retenue au départ décide donc aussi de la durée pendant laquelle il ne peut pas vendre sans payer.
Résultat propre à une situation, non transposable.
L'impôt est calculé au départ, mais vous ne le payez pas forcément. Le sursis de paiement le suspend jusqu'à un événement qui le rend exigible, ou jusqu'au dégrèvement.
Le sursis est automatique si vous partez dans un État de l'Union européenne, ou dans un État lié à la France par deux conventions. L'une porte sur l'assistance administrative contre la fraude et l'évasion fiscales, l'autre sur l'assistance au recouvrement. Les États non coopératifs en sont exclus. Aucune garantie n'est demandée.
Ailleurs, le sursis est sur demande. Il faut :
L'administration publie chaque année la liste des États qui ouvrent le sursis automatique, dans la notice du formulaire 2074-ETD. Pour les départs de 2024, elle donnait :
| Destination | Sursis de paiement |
| Pays de l'Union européenne (Portugal, Belgique, Italie, Espagne…) | Automatique |
| États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Japon, Mexique, Maroc, Maurice, Norvège, Islande | Automatique, États listés |
| Suisse | Sur demande, avec garanties. Un arrêt du Conseil d'État de 2021 alimente un contentieux sur ce point |
| Émirats arabes unis, Singapour, Andorre, Israël, Canada, Brésil | Sur demande, absents de la liste |
Monaco est un cas à part : un Français qui s'y installe ne transfère pas son domicile fiscal hors de France au sens de l'exit tax.
La liste peut bouger d'une année à l'autre. Vérifiez celle de l'année de votre départ avant de fixer la date, puisque la déclaration se dépose au plus tard 90 jours avant le départ.
Le sursis prend fin, et l'impôt devient exigible, dans ces cas :
Seul l'impôt afférent aux titres concernés par l'événement devient exigible.
Pour les plus-values latentes, l'impôt est dégrevé d'office si vous conservez vos titres :
| Valeur globale des titres au départ | Conservation requise |
| Moins de 2,57 M€ | 2 ans |
| Plus de 2,57 M€ | 5 ans |
Ces délais valent pour les départs depuis 2019, quel que soit le pays d'arrivée.

D'autres événements effacent l'impôt :
Le dégrèvement de deux ou cinq ans ne concerne que les plus-values latentes. Une plus-value d'apport en report et une créance de complément de prix ne s'effacent pas avec le temps. Elles s'effacent au retour en France ou au décès, et dans certains cas de donation.
Une holding change la nature de ce qui est imposé au départ. Le montant, lui, ne baisse pas forcément.
Si vous détenez votre société via une holding, ce sont les titres de la holding qui sont évalués au départ, à leur valeur réelle. La holding ne fait pas disparaître la plus-value latente.
Si vous avez constitué la holding en lui apportant vos titres, la plus-value d'apport a en principe été placée en report, puisque vous contrôlez la société qui les reçoit. Ce report entre dans l'exit tax au jour du départ, selon les règles qui suivent. Un apport de titres juste avant de partir peut donc transformer une plus-value que le temps efface en une plus-value en report qu'il n'efface pas.
En apport-cession, la plus-value d'apport reste en report tant que les conditions de l'article 150-0 B ter sont respectées. Le départ met fin au report et fait entrer cette plus-value dans l'exit tax, sans seuil. Elle est imposée aux taux de l'année de l'apport. Le sursis de paiement s'applique, mais pas le dégrèvement de deux ou cinq ans.
Après le départ, la règle du remploi continue de s'appliquer. Si la holding vend les titres apportés moins de trois ans après l'apport, elle doit réinvestir au moins 70 % du prix dans les trois ans de la vente. Le réinvestissement se conserve cinq ans. Ces seuils, issus de la loi de finances pour 2026, valent pour les ventes depuis le 21 février 2026 ; je les détaille dans mon analyse sur l'obligation de remploi. À défaut, le report prend fin et l'impôt en sursis devient exigible.
En l'état du droit voté, donner les titres de la holding depuis l'étranger efface l'impôt en report. Le projet de loi de finances pour 2027 veut restreindre cet effet.
Dans la version adoptée en séance à l'Assemblée nationale le 16 octobre 2026 (amendement n° I-3089), la donation ferait tomber le report dans un cas précis. Il faut que la holding ait vendu les titres apportés dans les huit ans sans tout réinvestir. La mesure viserait les donations depuis le 1er octobre 2026, apports anciens compris, avec un paiement possible sur dix ans. La succession n'est plus visée. Le vote de la première partie du budget reste à venir, puis le Sénat se prononcera.
Si vous avez vendu tout ou partie de votre société avec un complément de prix, la créance est évaluée à sa valeur réelle au jour du départ. Elle est imposée sans seuil. Le sursis s'applique et prend fin quand vous percevez le complément. Aucun délai de conservation ne l'efface.

L'avis de Malek
Avant un départ, je fais valoriser les titres et je vérifie la convention avec le pays d'arrivée. J'étudie les options tant que vous êtes encore résident français : une fois parti, la plupart des leviers ne sont plus actionnables. Je refuse en revanche les holdings montées à la dernière minute, sans réalité économique, pour échapper à l'impôt sur une cession déjà signée. Avec une holding en apport-cession, je chiffre chaque hypothèse avant toute donation de titres. Pour le droit du pays d'arrivée, je coordonne le dossier avec une avocate fiscaliste internationale.
Ceci ne constitue pas une consultation juridique et nous vous invitons à vous rapprocher de votre avocat / notaire.
La plupart des conventions fiscales réservent l'imposition des plus-values sur titres au pays où vit le vendeur. Si vous vendez après le départ, votre nouveau pays peut donc taxer la même plus-value que l'exit tax.
L'impôt étranger payé sur cette vente s'impute sur l'impôt français, dans sa limite. Il doit s'agir d'un impôt personnel sur les plus-values, calculé sur le même prix d'acquisition. Certaines conventions laissent en plus au pays d'origine un droit d'imposer les participations substantielles. Lisez la vôtre avant de fixer la date de vente.
L'exit tax n'est qu'une partie de votre fiscalité après le départ. Certains revenus de source française peuvent rester imposables en France, selon la convention avec votre nouveau pays.
J'ai donné mon conseil aux dirigeants sur l'exit tax dans L'Opinion.
Le calcul de l'exit tax ne s'évite pas si vous remplissez les conditions. Le paiement, lui, peut être évité pour les plus-values latentes : le sursis suspend l'impôt, et la conservation des titres pendant deux ou cinq ans l'efface. Les plus-values en report et les compléments de prix restent dus en cas de vente ou de perception.
31,4 % au prélèvement forfaitaire unique, auxquels s'ajoutent la CEHR et, le cas échéant, la CDHR selon votre revenu fiscal de référence. Les plus-values en report sont imposées aux taux de l'année de l'apport.
Non. Elle s'applique en 2026 dans sa forme issue de la réforme de 2019 : seuils de 800 000 € et de 50 %, dégrèvement après deux ou cinq ans.
Non. Le départ ne déclenche aucun impôt sur un contrat d'assurance-vie ou de capitalisation, ni sur un PEA.
Non pour les titres que vous détenez encore : le retour entraîne leur dégrèvement. Si vous avez vendu entre-temps, l'impôt devenu exigible reste dû.
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