Exemple d’audit patrimonial : du bilan au plan d’action
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Un audit patrimonial utile ne sert pas d'abord à payer moins d'impôt. Il sert à chiffrer ce que vous avez, ce qui manque et ce que vous devez trancher dans les 12 mois.
Je détaille ci-dessous deux exemples chiffrés pour vous situer.
Un dirigeant me demande un audit patrimonial pour payer moins d'impôt. La question de départ est rarement la bonne. C'est pertinent si vous dirigez un SaaS ou une PME, ou si vous êtes indépendant, médecin, avocat ou libéral avec un patrimoine au-delà de 1 à 1,5 M€.
Un audit utile n'est pas un rapport de 50 pages. C'est une photo chiffrée qui débouche sur un plan daté. Vous obtenez deux ou trois scénarios comparés en net, avec une décision à trancher. Je détaille ci-dessous deux cas : un dirigeant en SASU et un libéral en BNC.

Un audit sans chiffre ni décision reste un questionnaire. Chaque rubrique doit produire un montant et une action. Je remplis huit blocs dans cet ordre.
Je note l'âge, le régime matrimonial et les enfants. Je note le statut réel : salarié, TNS, assimilé salarié ou libéral. Je note la forme juridique de la société.
Elle fixe qui décide en cas d'incapacité, qui hérite sans disposition et quel régime protège le foyer.
Salaire, dividendes, revenus fonciers, BNC, loyers, intérêts : tout est ramené au mois. On parle en flux mensuel net, pas en chiffre d'affaires.
Ce montant dit si vous pouvez investir ou si vous devez sécuriser.
Je totalise les crédits, les dépenses fixes, les impôts et l'épargne versée. Crédit résidence principale, crédit locatif et crédit conso inclus.
Le reste à vivre réel fixe le montant investissable. Il compte plus que le revenu affiché sur la fiche de paie.
Je sépare l'immobilier net de dette, le financier et les liquidités. Je valorise les parts de société à part.
Cette séparation révèle souvent une concentration massive, avec une part logée dans l'entreprise ou un seul bien.
Au-delà des actifs et des dettes, je distingue liquidités, actifs semi-liquides et actifs illiquides, et je recense les garanties ou engagements familiaux. Une valeur patrimoniale élevée ne signifie pas que le capital est disponible pour un besoin proche.
Je calcule actifs moins dettes à une date précise. Pas de moyenne théorique.
Ce chiffre daté devient la référence pour arbitrer. Il fige votre situation patrimoniale au jour de l'audit.
Je détermine le TMI réel du foyer et l'exposition à l'IFI. Je compare PFU et barème sur les dividendes pour l'année.
Chaque euro de dividende sans cotisation ne construit aucun droit. Le bon régime se recalcule chaque année, options côte à côte.
Je chiffre la protection du conjoint, votre autonomie financière et la retraite. Je chiffre la transmission, chacun avec montant et échéance.
Un objectif sans montant ni date ne se vérifie pas. Il n'a pas sa place dans le plan.
Chaque recommandation indique son effet en euros et sa date.
Court terme : contrats à renégocier et erreurs de déclaration à corriger.
Moyen terme : réallocation d'actifs et structuration.
Long terme : stratégie retraite et transmission.
Sans montant et sans date, la recommandation reste générique.

Prenons un dirigeant de 42 ans en SASU, marié sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, 2 enfants. Il a dépassé le démarrage sans jamais formaliser son patrimoine.
Le foyer se résume en neuf chiffres simples.
Salaire net : 72 000 €/an
Dividendes bruts : 40 000 €/an
Loyers : 21 600 €/an (1 800 €/mois)
Revenus du conjoint : 30 000 € nets/an
Crédit résidence principale : 1 400 €/mois, capital restant dû 210 000 €
Crédit locatif : 650 €/mois
Train de vie : 3 500 €/mois
Épargne mensuelle : 1 200 €/mois
TMI du foyer : 30 %
Les parts de la SASU restent à part. Elles ne se mélangent pas au patrimoine personnel.
| Actif | Montant |
| Résidence principale | 550 000 € |
| Bien locatif | 280 000 € |
| Assurance-vie | 180 000 € |
| PEA / CTO | 90 000 € |
| Épargne de précaution | 50 000 € |
| Total actifs hors société | 1 150 000 € |
Les dettes atteignent environ 300 000 €, dont 210 000 € sur la résidence. Le net hors société ressort à environ 850 000 €.
Sur 1 150 000 € d'actifs, 830 000 € sont en immobilier. Soit 72 % du patrimoine hors société.
72 % en immobilier hors société, plus la valeur de la SASU à côté : le risque réel est concentré. La diversification financière pèse 270 000 €, moins d'un quart du total.
Le foyer encaisse 133 600 € par an au total. Seuls 72 000 € de salaire ouvrent des droits à retraite.
Les 61 600 € restants, soit 46 %, n'ouvrent aucun droit. La pension future reposera sur une base inférieure au niveau de vie.
Ce gap invisible à 42 ans se comble par un capital dédié. Il reste 20 à 25 ans pour le construire.
À TMI 30 %, l'écart se calcule ligne par ligne, sur 40 000 € bruts.
| PFU (31,4 %) | Barème (TMI 30 % + abattement 40 %) | |
| Base taxable à l'impôt | 40 000 € | 24 000 € |
| Impôt forfaitaire (12,8 %) | 5 120 € | - |
| Impôt au barème (30 % de 24 000 €) | - | 7 200 € |
| Prélèvements sociaux (18,6 % de 40 000 €) | 7 440 € | 7 440 € |
| Total prélevé | 12 560 € | 14 640 € |
| Net perçu | 27 440 € | 25 360 € |
Hypothèse à TMI 30 % : PFU à 12 560 €, barème à 14 640 €, soit 2 080 € d'écart en faveur du PFU (calcul simplifié hors CSG déductible et frais). Le barème ne passe devant qu'à TMI 11 % ou moins, à revérifier foyer par foyer sur le barème progressif de l'impôt sur le revenu.
En hypothèse, à trancher après audit :
D'ici la déclaration annuelle : retenir le PFU sur ces 40 000 € de dividendes, soit +2 080 € nets par rapport au barème dans cette hypothèse à TMI 30 %.
Sous 3 mois : recaler le mix salaire-dividendes sur le besoin de cash. Hypothèse tirée de ma simulation à 132 000 € de résultat avant rémunération et IS en 2026 : 54 758 € nets en 100 % rémunération en SASU contre 64 195 € à l'optimum mix, soit +9 437 € nets à enveloppe identique.
Sous 12 mois : flécher l'épargne de 1 200 €/mois vers le capital retraite dédié, soit 14 400 €/an, pour réduire la part de revenus sans droits.

Prenons un libéral de 45 ans en BNC, marié en séparation de biens, 2 enfants. Il gagne bien plus que son train de vie, sans pare-feu entre les deux.
Le foyer se résume en huit chiffres simples.
BNC encaissé : 300 000 €/an avant charges et impôt
Train de vie : 72 000 €/an
Revenus du conjoint : 35 000 € nets/an
Crédit résidence principale : 1 800 €/mois, capital restant dû 260 000 €
Épargne mensuelle : 1 500 €/mois sans horizon défini
TMI du foyer : 41 %
Actifs hors outil professionnel : 890 000 €
Dettes : 320 000 €, soit 570 000 € nets hors outil pro
L'outil professionnel reste à part. Il ne se mélange pas au patrimoine personnel.
| Actif | Montant |
| Résidence principale | 620 000 € |
| Assurance-vie | 150 000 € |
| PER | 80 000 € |
| Épargne de précaution | 40 000 € |
| Total actifs hors outil pro | 890 000 € |
Les dettes atteignent 320 000 €, dont 260 000 € sur la résidence. Le net hors outil pro ressort à 570 000 €, daté au jour de l'audit.
En BNC, il n'y a pas de pare-feu. Tout ce qui rentre est taxé, même ce dont vous n'avez pas besoin pour vivre.
Ici, l'excédent au-delà du train de vie passe à l'impôt personnel alors qu'il pourrait capitaliser en société. L'expert-comptable calcule l'IR. Personne ne sépare le besoin de cash de l'excédent à réinvestir.
La retraite obligatoire ne couvrira qu'une part des revenus actuels. Le reste viendra du capital construit d'ici 20 ans.
Je vérifie donc la prévoyance avant tout calcul d'impôt, à garanties égales, par appel d'offres. L'ordre est toujours le même : sécuriser d'abord, arbitrer ensuite.
Je conseille la SELARL quand trois signaux se cumulent : vous êtes durablement dans la tranche à 41 % depuis au moins deux ans, vous avez un projet qui demande du capital, et votre organisation est stable. Si un seul manque, j'attends.
Dans cette hypothèse à 300 000 € de BNC, la condition de TMI est remplie. Je chiffre toujours le coût fixe de 3 000 à 5 000 €/an de comptabilité et de juridique à amortir avant de me décider. La rémunération technique en BNC dans une SELARL reste distincte du mandat et des dividendes. Le montage ne vaut que si l'excédent reste investi plusieurs années.
En hypothèse, à trancher après audit :
Sous 3 mois : appel d'offres prévoyance à garanties égales, avant tout arbitrage PER, pour sécuriser le train de vie de 72 000 €/an.
Sous 6 mois : si les trois conditions sont confirmées, SELARL pour ne soumettre à l'IR que le train de vie, holding au-dessus pour réinvestir l'excédent, après chiffrage du coût fixe annuel.
Sous 12 mois : flécher l'épargne de 1 500 €/mois, soit 18 000 €/an, vers le capital retraite dédié avec horizon et usage définis.
Un audit limité à la fiscalité oublie l'essentiel. L'ordre est toujours le même : sécuriser, puis nettoyer, puis arbitrer. Il vaut pour le dirigeant en SASU comme pour le libéral en BNC.
Je regarde la prévoyance et le régime matrimonial d'abord. Je commence par vérifier si la prévoyance couvre réellement le train de vie en cas d'arrêt ou de décès, avant tout calcul d'impôt.
Une holding, une SCI ou une assurance-vie mal articulées fragilisent le conjoint. Je vérifie cette cohérence avant de toucher au reste.
Au-delà de 1 % de frais annuels, je considère le contrat mal construit. Je considère qu'une assurance-vie bien construite se situe entre 0,50 et 0,80 % de frais annuels, sans frais sur versement.
Ce n'est pas l'enveloppe qui fait la performance. C'est l'allocation dedans et les frais qu'on retire. Je refuse le copier-coller entre dirigeants.
PEA, assurance-vie, compte-titres ou PER : le choix dépend de l'horizon. Il dépend du propriétaire réel et du besoin de liquidité.
Le 100 % dividendes laisse sans retraite ni protection construite. Le 100 % salaire fait payer des charges au taux plein. Le 100 % BNC taxe même l'excédent dont vous n'avez pas besoin pour vivre.
En SASU, le bon schéma reste un mix salaire-dividendes, puis épargne salariale. En BNC, c'est SELARL plus holding pour ne soumettre à l'IR que le train de vie. Chaque euro de salaire ouvre des droits, chaque euro de dividende non.
L'arbitrage se calcule au cas par cas.
Dans un de mes dossiers de dirigeant de conseil, l'audit a enchaîné cinq chantiers. Diagnostic rémunération, assurance-vie, fiscalité locative, assurance emprunteur et trésorerie.
Total : 76,7 k€/an dans ce dossier (26,5 rémunération + 30,2 patrimoine dont 19,5 assurance-vie, 7,2 locatif, 3,5 emprunteur + 20 trésorerie). Ce montant vaut pour ce dossier, il montre la méthode : traiter les cinq blocs ensemble.
Isoler un seul bloc laisse de la valeur ailleurs.
Je vois les mêmes erreurs revenir en rendez-vous. Un audit offert débouche sur les produits du vendeur.
Audit gratuit : un audit offert par une banque ou un courtier n'est jamais neutre. Il débouche sur ses propres produits. Le vrai coût se cache dans l'empilement des frais et dans des produits choisis d'avance.
Impôt sans retraite : pousser les dividendes réduit l'impôt de l'année. Tout laisser en BNC taxe même l'excédent dont vous n'avez pas besoin. Dans les deux cas, le calcul semble bon en décembre et coûte cher vingt ans plus tard.
Enveloppes empilées : ouvrir assurance-vie, PER et compte-titres sans horizon clair multiplie les contrats. Personne ne sait quelle poche utiliser sans casser un objectif. Chaque enveloppe doit avoir montant, horizon et usage.
Objectifs flous : vouloir retraite et transmission sans montant ni date ne suffit pas. Un même euro ne peut servir à vivre à 60 ans et à transmettre intact. Chaque objectif exige montant exact et date disponible.
Trois profils, trois réponses. À 1-3 M€ concentrés, l'audit devient utile maintenant.
Moins de 1 M€ : situation simple, un seul revenu, pas de société. Optimiser la déclaration et structurer l'épargne suffit.
Entre 1 et 3 M€ : entreprise plus immobilier, risque concentré : l'audit est utile maintenant. D'abord la protection. Ensuite la retraite, la fiscalité vient en dernier.
Avant cession : transmission, cession ou expatriation en vue. Visez 3 à 5 ans avant, minimum 3 à 6 mois.
Mon avis : je ne fais pas un audit pour produire un document. Je le fais pour trancher une décision dans les 12 mois.
Dirigeant en SASU ou libéral en BNC, le constat est le même. Une part de vos revenus ne construit aucun droit. Une part de votre patrimoine reste concentrée au même endroit.
Ce que je recommande : en dessous de 1 M€, structurez votre épargne. Entre 1 et 3 M€ ou avant une cession, faites chiffrer votre protection, votre retraite et votre mix pro perso. Puis tranchez une décision dans les 12 mois.
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